Boule à facettes

Si je devais brosser mon portrait et me décrire telle que je me vois, je dirais que je suis tourmentée, fragile et émotive ; je me décrirais comme colérique et excessive, nerveuse et d’humeur changeante — non, non, ne partez pas tout de suite !

Pourtant, je rêve de calme et de mesure, je rêve d’une Aurélia raisonnable, les fleurs dans les cheveux, qui mangerait léger et équilibré, ne boirait que rarement, qui jamais ne s’énerverait ni ne ruminerait, une Aurélia paisible et tout sourire. Il y a peu de chances que vous ne la croisiez jamais : je serais incapable d’écrire.

Je pense aux publications passées et aux projets à venir, à la violence qui macère dans la plupart d’entre eux ; j’imagine que je ne sais écrire que l’excès. Et pourtant, un souvenir bouge sur sa chaise, timide et différent, il lève le doigt et me rappelle le roman jeunesse, l’histoire si fraîche de ces deux charmantes petites filles. Soudain je me souviens de ces après-midis à écrire dans mon salon, silencieuse et concentrée, et à m’amuser de tant de facéties. Était-ce moi encore celle qui riait de ces bêtises d’enfants ?

Oui, c’était bien moi. C’est bien la même personne, la même femme qui écrit des histoires de chat la journée et de décadence le soir. Je serais double, excessive ponctuellement, calme la plupart de temps. Fallait-il tant de temps pour s’en apercevoir ? Fallait-il se connaître si mal ? Les humeurs créatrices et le calme tempérant comme baume au cœur. Fallait-il attendre si longtemps pour réaliser la chose et s’accepter ainsi, excessive et solitaire, sociable et studieuse, épicurienne et dynamique, fille d’extérieur et fleurs de jours, ombre des nuits, fallait-il attendre si longtemps pour réaliser sa richesse et ne plus la blâmer ? Fallait-il attendre si longtemps pour commencer à m’aimer telle que je suis ?

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