Un monstre de colère

Je suis colérique ; la rage m’habite depuis toute petite. Je suis colérique, mais je suis également une des personnes les plus dynamiques que je connaisse. La colère est chez moi source de conscience et d’action. C’est le verso du recto. Car je peux aussi te sauter au visage pour un mot de travers.

J’ai tout essayé : la sophrologie, la psychologie, le yoga… Rien n’y fait. Depuis mon adolescence, summum de mes compétences en la matière, je me suis calmée et les progrès sont considérables : je ne renverse plus de tables en cours, ni je ne gifle un homme qui m’a ignorée — il faut voir la tête du type que l’on gifle et qui ne nous avait pas remarquée. Mais si je n’ai plus recours à la force physique, certaines situations peuvent encore me mettre dans une rage folle. Je vous attaquerai avec des mots qui blessent. Je me calmerai très vite, très vite et trop tard, et je le regretterai. Le mal sera fait.

La dernière fois, c’était il y a une semaine. Je monte actuellement un projet qui me tient particulièrement à cœur. J’y consacre mon argent, mon énergie et mon temps libre. Il y a une semaine, une partenaire dans laquelle j’avait mis ma confiance m’a trompée. J’ai ma part de responsabilité : j’avais compris depuis plusieurs jours que le travail réalisé ne serait pas conforme aux attentes. Mais j’avais choisi de faire confiance. Sujette aux inquiétudes de toutes sortes, j’avais décidé de combattre mon vilain penchant en me rappelant ses compétences et son expérience. Elle savait de quoi elle parlait. Du moins, je voulais le croire, car le jour du rendu, comme je l’escomptais, le travail n’était fait qu’à moitié. J’avais moi-même un échéancier à tenir. Comment trouver en plein mois d’août un professionnel pour la remplacer ? Comment le payer ? Comment obtenir le résultat qu’elle avait été incapable de fournir en moins de 48 heures ? J’étais furieuse. Furieuse et affolée. Et je me suis mise en colère. Plus je m’énervais, plus elle s’énervait. Je savais qu’il fallait arrêter de monter l’affaire en mayonnaise et de prononcer des paroles irrémédiables. J’en étais incapable. Le lendemain matin, la communication était rompue et rien n’était réglé. Elle considérait le travail satisfaisant et le paiement dû ; je pensais à peu de chose près le contraire. Si j’avais gardé mon calme la veille au soir, la nuit m’aurait porté conseil et peut-être aurions-nous pu trouver un mode de communication plus constructif. Je ne le pouvais tout simplement pas.

Un peu plus tard dans la journée, je suis tombée sur une vidéo de Luca Mazzucchelli, un psychologue milanais (Voir la vidéo). Elle raconte l’histoire d’un monstre qui grandit, grossit et forcit de la colère des autres. Un jour, le monstre de colère arrive devant un château. En l’absence du roi, il est fort mal reçu par ses serviteurs, qui ne font que décupler sa force. Le monstre prend possession du trône. De retour de sa promenade, le roi accueille son hôte avec amour et affabilité. A force d’attention, le monstre se réduit au point de disparaître totalement. Vous voyez où je veux en venir : la colère de l’un se nourrit de la colère de l’autre ; et elle puise sa force à l’intérieur, l’événement extérieur y étant rarement pour quelque chose.

Il n’y a rien de nouveau dans cette vidéo, et en théorie, tout fonctionne parfaitement. En théorie seulement. Comment cela se fait-il que dans la vraie vie, cela soit si difficile ? Comment changer un naturel bouillonnant ?  Comme réussir à faire le pas de côté et ne pas écrabouiller la tête de cette fichue… ? Oui, comment garder son calme et sa sérénité ?

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