La révélation

Ton responsable qui te reproche un comportement que tu te reproches toi-même – même si tu ne l’avouerais jamais – avec mépris et sarcasme – ce que tu ne ferais jamais ; des amis qui éloignent et des paroles qui blessent, le dénigrement de ceux que tu aimes, les petites humiliations publiques ; colère, ressentiment et tristesse ; florilège d’émotions négatives, ingrédients de l’étrange mixture des dernières semaines. Dans ma langue, on appelle ça « ruminer ».

Un verre avec une amie avait pointé du doigt ces aigreurs. Elle croyais aux conversations, je croyais à la réflexion, sans réellement savoir comme cette fois-ci procéder.

Et puis il y a eu l’article.

Et j’ai compris.

C’était un article sur le pardon. Le magazine traînait sur la table basse. Je l’avais débuté une semaine auparavant en prenant mon petit déjeuner, tout en beurrant mes tartines face à un ciel immensément bleu ; mais la première colonne m’avait déjà profondément agacée. La journaliste expliquait un affront circonstancié lors d’une réunion professionnelle qu’elle avait pourtant pardonné. Incapable d’en lire davantage, j’avais refermé le magazine. Mais hier matin, après une longue et bonne nuit réparatrice et un réveil calme et tranquille, je me suis installée sur le canapé et j’ai repéré le magazine. Je n’avais rien de mieux à faire que précisément prendre le temps et je l’ai ouvert au marque-page. Ah oui ! Je me souviens ! C’est l’histoire de cette femme qui se fait humilier en public et pardonne à son agresseur. J’ai repensé à la conversation de la veille avec mon amie. Un article sur le pardon. Je crois bien que je devrais le lire.

Et j’ai lu.

Et j’ai compris.

Je ne sais pas si j’ai compris ce qu’il fallait comprendre, mais j’ai compris ce que j’avais besoin de comprendre. J’ai compris que si personne ne me pardonnait mes erreurs, je me chargerais jour après jour du poids de mes fautes et me figerais à jamais dans l’immobilité morbide, que seul le pardon me permettrait de me libérer et de continuer à avancer, plus légère vers moi-même. J’ai compris que pardonner ne signifiait pas forcément renouer et je me suis retrouvée dans les quatre étapes du pardon de Desmond Tutu : raconter l’histoire, nommer la blessure, pardonner, reprendre la relation ou y mettre un terme ; que rien ne m’obligeait à renouer des relations qui ne me convenaient plus, mais que le pardon n’en demeurait pas moins essentiel ; j’ai compris que la blessure est plus complexe qu’une simple agression, qu’elle parle d’autre chose, de soi-même la plupart du temps, et que la façon dont on réagit cache souvent nos propres culpabilités et jugements personnels. J’ai lu et j’ai compris. Et je me suis sentie libérée d’une multitude de poids, blessures et cicatrices. J’étais ressuscitée.

« Les Énervés de Jumièges » d’Évariste

 

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