La mort des autres

A.L., Auvergne, 199? – © Rosaria Gantier


La semaine dernière, j’ai appris la mort de A. J’allais me coucher ; dernier coup d’œil sur l’écran du téléphone, un message m’a intriguée. Il venait de A., l’amie de ma mère, à qui je n’avais pas parlé depuis des années pour cause de décès maternel il y a plus de vingt ans : « Êtes-vous la fille de Rosaria ? » J’ai noté l’absence de formule de politesse et le vouvoiement, deux particularités indiquant clairement que l’expéditeur n’était pas celui que j’escomptais ; et que les nouvelles seraient mauvaises. J’ai répondu par l’affirmative avant de déclencher le mode avion : mon sommeil est déjà suffisamment capricieux, je n’allais pas totalement le foutre en l’air ; cela attendrait le lendemain matin. Et effectivement, dès 6h30, je me levais sur l’annonce de la mort de A. ; cancer des poumons vite généralisé, refus du protocole de soins et fin de vie dans le centre de soins palliatifs Jeanne Garnier. Cela ne m’étonne pas de toi, A.

Depuis le début de l’année, six mois avaient passé et déjà trois décès au compteur. Une grand-tante, un oncle, et maintenant A. Il était un temps où j’enchaînais les mariages, les naissances et les baptêmes ; aujourd’hui, ce sont les annonces de décès et des maladies chroniques. Je me souviens de mon grand-père, quatre-vingts ans dépassés, qui se plaignait de la vie devenue trop rare et de la mort qui engloutissait tout : ses amis, ses deux femmes, son fils. À l’époque, j’avais ri — ma défense naturelle. « Ce n’est pas drôle, Aurelia », avait-il corrigé. Aujourd’hui, j’ai honte de ce rire.

Alors si par hasard, vous devenez père, grand-mère, si vous rencontrez l’homme de votre vie, si vous vous mariez ou si vous fêtez votre anniversaire, n’oubliez pas d’annoncer la bonne nouvelle. Encore aujourd’hui, nous avons tous besoin de preuves de vie pour rester vivants.



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