Le pacte

Hier soir, F. m’apprenait le cancer des poumons de son meilleur ami. F. est inquiet : les premiers examens n’augurent rien de bon. Sur ses conseils, j’envoyai ce matin un mot au malade. Il m’a répondu de son lit d’hôpital, un gentil message pour me remercier du plaisir que je lui faisais au réveil. Que pense-t-il ? Se dit-il, je me suis bien amusé, je me suis bien amusé et ce n’est pas fini, je vais me battre pour continuer ? A-t-il peur ? A-t-il des regrets ?

Hier après-midi, j’écoutais Brendon Buchard nous exhorter à prendre du plaisir ; le soir même, j’apprenais le cancer de T. Il est de ma tranche d’âge.

Au décès de ma mère, je m’étais promis de vivre plus intensément. Je ne l’ai pas fait. La plupart du temps, nous nous moquons de la psychologie de comptoir dont nous abreuvent réseaux sociaux, magazines féminins et livres feel-good. Pourtant, chaque épreuve agit comme une piqûre de rappel. Comment menons-nous notre vie ? Prenons-nous assez de plaisir ? Et si l’on devait mourir demain ?

Ces dernières années, les accidents corporels m’ont imposé les changements de vie actuels. J’ai agi par instinct de conservation. Ecrire et éditer étaient les seuls moyens que j’avais trouvés pour ne pas sombrer dans le désespoir. J’ai contré la maladie par la création ; ça a plutôt bien fonctionné. La maladie de T. me rappelle la nécessité de vivre dans la joie et m’enjoint au plaisir. Après Brendon Buchard hier, le message devrait commencer à rentrer. Ne serait-ce par décence pour T. et pour toutes les personnes à l’hôpital aujourd’hui, confrontées à la maladie et à la mort.

Aujourd’hui, je veux sceller un pacte avec la vie, et tous les matins, en échange de l’offrande d’un jour de plus, lui promettre de bien en profiter. Je suis certaine qu’elle y gagnerait. Et moi aussi.

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