Mère célibataire de plus de 50 ans cherche…
Elle voyageait avec son fils de douze ans et sa fille de vingt-trois désormais autonome et indépendante financièrement. Restait le fils.
Quand elle réalisa que je prenais plaisir à voyager seule, elle m’est tombée dessus : « Venez vous asseoir avec nous, vous allez m’expliquer. Dîner seule n’est pas trop dur ? » Je lui expliquai ne pas être seule : j’avais mes livres et des échanges réguliers avec mes amis restés à Paris. Peut-être pouvait-on fuir la trépidante vie parisienne deux semaines par an. Dans mon cas, ces pauses m’étaient salutaires.
Après son divorce dix ans auparavant, elle était entrée en dépression. Elle cherchait maintenant à refaire sa vie. « Quel âge avez-vous ? À un an près, nous avons le même âge. Déjà, j’ai grossi, se plaignit-elle en s’enfilant une crème caramel. Mais bon, à la limite… eux aussi. Je me suis inscrite sur Disons Demain, le site des hommes et des femmes de plus de cinquante ans : je ne voulais pas tomber sur des hommes à la recherche de femmes de trente. Au moins, c’est clair. Finalement, je rencontre beaucoup. J’ai même développé des relations sexuelles avec un naturiste libertin. Il m’a appris des tas de choses ; plus tard, je pourrai m’en servir. Avec lui, je m’éclate, mais je ne construis rien. Je n’ai pas encore trouvé la relation stable que je cherche. Il faut dire que j’ai un problème de taille : mon fils. Lorsqu’un homme de plus de cinquante date une femme de plus de cinquante, ce n’est pas pour se taper l’éducation d’un chiard de douze alors qu’il vient de se libérer des siens. Surtout que j’ai la garde à plein temps. »
Je regardai son fils gesticuler dans la salle du restaurant.
« Il est TDH, m’expliqua-t-elle. – Vous savez, pour moi, TDH, HPI, cela ne signifie pas grand-chose. Je ne connais que les termes intelligent, difficile, vif, dissipé, insupportable, mal-éduqué… »
Le gamin s’était maintenant invité à une table voisine.
« Le mien justement, s’il n’était pas TDH, il serait HPI. Mais il s’ennuie vit, il a besoin de stimuli permanents. Et encore, vous n’avez rien vu : il prend des médicaments. »
Le gamin avait avalé sa deuxième assiette de pâtes à la tomate de la journée sans que la mère n’intervienne ; au petit déjeuner, c’était des Corn Flakes. Pendant les vacances, peut-être laisse-t-on les fils tranquilles.
« Je me disais que dans quelques années, je pourrais l’envoyer en pension. Cela le stabiliserait et cela me libérerait du temps. »
Je regardai l’enfant. Il n’était pas méchant. Surexcité, sûrement ; mal-élevé, probablement. TDH ? Aucune idée, je ne parle pas cette langue-là. Si le gamin est médicalisé, ce n’est probablement pas sans raison. Sa mère me coupa dans mes réflexions : « Ca serait bien, ça, me libérer du temps. »
Légende photo : © Eric Saint Martin
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