Une leçon d’élégance

Il neigeait. C’était beau et pénible. Je peux difficilement aller travailler en chaussures de randonnée et mes mocassins glissaient sur la chaussée. Inquiète de la chute, je longeais les murs à la recherche de bandes sèches.

Sur les Champs-Elysées, deux Japonaises riaient, protégées du même parapluie. J’ai deviné leur nationalité au pépin en forme d’ombrelle, à la toile transparente, aux coupes et aux couleurs de leurs vêtements, à leurs rires. Je les regardais, joyeuses mais discrètes, jolies sans sophistication, souriantes et gracieuses. Je nous regardais, patauds sur la neige ; elles avançaient à pas mesurés.

Hier matin, sur les Champs-Elysées, je recevais une leçon d’élégance, comme c’est souvent le cas avec le peuple et la culture japonaises. Difficile d’imaginer un Japonais mâcher un Chewing-gum ou s’affaler les jambes écartées.

Sur l’échelle de l’élégance japonaise, il y aurait d’un côté l’esthétique Iki, de l’autre la culture Kawaï. L’Iki est une forme de sophistication naturelle, un mi-chemin entre le trop et le pas assez, un mélange de coolitude et de raffinement. Lorsqu’un Occidental pense au Japon, il pense essentiellement à l’esthétique Iki. Je ne suis pas assez esthète pour parfaitement la reconnaître, mais je sais reconnaître ce qui est beau : une écharpe de soie, un kimono, un sourire discret, des mains jointes, un cadeau emballé d’un carré de tissu, le calme des jardins, les temples ; et à Paris, deux Japonaises réfugiées sous un même parapluie. Hier matin, une brise de fraîcheur soufflait sur les Champs-Elysées.

Que serait l’élégance parisienne ? J’aimerais partir à la chasse des jolies choses de chez nous, et telle Sei Shonagon dans ses « Notes de chevet », les noter : un homme chapeauté, une femme en robe à fleurs, un matin d’été, un vélo de ville, cuir et acier ; acheter un quotidien au kiosque à journaux ou un livre à la librairie, le lire à une terrasse de café devant un petit serré ; fréquenter les cinémas indépendants, manger léger au restaurant…

© Aurélia Gantier – Asakusa, Tokyo / mai 2017

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