Smiley
Arts et Métiers est triste. Ses vitrines sont murées de bois et le macadam exhibe ses cicatrices. Même les feux de signalisation ont abandonné la partie ; ils clignotent tels des cils sur des yeux prêts à pleurer.
Je suis triste. Mon cœur doute, mes yeux piquent. Je me fonds dans l’humeur grise.
La circulation est dense, j’avance lentement. Je ne le remarque pas tout de suite. Mon regard éteint balaye la ville ; il est tourné vers ma tristesse. Entre la route et la piste cyclable, sur le méchant petit muret propice aux accidents de nuit, en direction des cyclistes dont je suis, un petit homme tient une pancarte en carton. Une petite tête sous une casquette ; burinée, ridée ; elle sourit. Sur la pancarte, un smiley, tout rond. Le smiley des origines. L’homme qui sourit.
Je ne le remarque pas tout de suite. Je roule au ralenti. Mon regard éteint balaye la ville et bute contre la pancarte, le smiley qui sourit ; au-dessus, une trombine qui sourit ; qui aujourd’hui, n’a rien d’autre à faire que de nous offrir un sourire. Je remarque la pancarte, puis l’homme, et son sourire bonhomme réussit miraculeusement à déchirer ma tristesse ; je lui souris. Nos regards se croisent. L’homme lève le pouce vers moi. Je le dépasse, il disparaît.
Je suis le flot de la circulation. Je suis toujours triste, mais mon cœur bat moins fort. L’image de l’homme, casquette, pancarte, pouce levé, me poursuit. J’y vois un encouragement, un signe. Tenir.
Légende photo : générée par l’IA
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