Le Jardin des Plantes

Ce serait une chasse au trésor amoureuse, un jeu de cache-cache sentimental. Comme cette tombe au cimetière du Père-Lachaise, devenue un temps boite aux correspondances, le Jardin des Plantes deviendrait le terrain de jeu des jeux amoureux.

Il y aurait une rencontre sur un banc ; ce n’est pas irréaliste, un de mes amis attendait des heures assis dans le parc pour séduire. Ce serait une rencontre manquée — pour que l’histoire se passe, la rencontre doit nécessairement être manquée. La femme travaillerait dans l’enceinte. Est-ce la directrice du Muséum d’histoire naturelle ou une apprentie chercheuse, employée à mi-temps à la Grande Galerie de l’Evolution ? À moins qu’elle ne soit soignante à la Ménagerie. J’aime bien l’idée de la faire évoluer au milieu des animaux. Et lui, qui est-il ? Que fait-il dans la vie pour être si joueur ? Est-il écrivain ou directeur artistique ? À ce stade, tout est encore possible.

Sur le banc, l’alchimie se produit mais elle s’enfuit, peut-être qu’on l’appelle sur son portable, un accident avec la panthère ou le panda roux, quelque chose de suffisamment grave pour effacer le bel inconnu de la liste de ses priorités. Elle s’enfuit et il décide de la retrouver, de la ramener à lui.  Et de s’amuser. Il la suit jusqu’à son lieu de travail et dès le lendemain, il lui laisse un mot, énigmatique et non signé, quelque chose de suffisamment intriguant pour la forcer à se déplacer. Jour après jour, d’un mot à l’autre, d’un endroit à l’autre, la chasse à l’amour se passe. Ils ne quittent pas le jardin et ce serait une occasion merveilleuse de découvrir cet endroit un peu anachronique, avec sa ménagerie et son jardin botanique, les dinosaures, la Galerie des enfants. Jour après jour, elle s’attend à le retrouver enfin, près de la caravane des animaux ou sous l’éclairage bleuté, au milieu de la forêt de bambous, près de l’orang-outan ; à la place, elle trouve un mot caché sous une plante exotique dans les Grandes Serres — faut-il la trouver, cette plante au nom impossible — , elle découvre un petit cadeau près de la cage aux gorilles ou un dessin enroulé autour du deuxième poteau. Il la balade d’un endroit à l’autre, pour finir sur le même banc qui les avait accueillis quelques jours auparavant, et cela s’arrêterait là, avec le vouvoiement timide et les yeux pétillants.

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