Le cycliste
Un voile de pluie caresse le ciel. Il ne pleut pas ; il bruine dans le soleil. Il ne fait pas froid ; le temps s’est seulement rafraîchi. Nous sommes samedi matin, il est encore tôt et la circulation fluide. Je reviens de chez A. où j’ai dormi quelques heures, allongée sur un canapé confortable comme un lit. Tandis que je descends le canal à vélo, à peine coupable des excès de la veille, des coureurs le remontent et je mesure la multitude des comportements et des vies. Sur mon fidèle destrier, la pluie me gêne à peine.
L’écluse est fermée. En chantier est-il écrit sur le panneau. Jusqu’à l’écluse. Cela ne se terminera donc jamais. Au coin de la rue Dieu – quel drôle de nom pour une rue qui n’a rien demandé, un cycliste en bermuda blanc et en tee-shirt bleu ciel se faufile, le guidon dans une main, un parapluie aux baleines brisées dans l’autre. Noir, le parapluie. Un instant plus tard, il a disparu. Je reste avec le mur gris, le voile de pluie, les coureurs et l’écluse en chantier.
Légende photo : Thaïlande, 2020 – © Olivier Jeannin
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