Les petit(e)s con(ne)s

Plus jeune, j’avais une passion : c’étaient les petits cons. La muflerie bonhomme me fascinait et c’est ainsi qu’à l’université, le petit gros chauve est devenu ma spécialité. Je suis tombée amoureuse deux fois de suite de garçons aussi sexys qu’une baraque à frites. Outre leur tonsure et leurs joues rebondies, ils partageaient un trait de caractère : c’étaient de véritables petits cons.

Face à la rébellion de mon ego, je me dois de rétablir une vérité : je savais également sortir avec de jolis garçons, pas toujours équilibrés ni fréquentables — je me souviens notamment d’un gigolo qui valait son pesant d’or — mais au sex-appeal indiscutable. Leur attrait était pourtant moins réel que celui de Dupond et Dupont. Le plus étonnant est qu’en plus d’être laids, mes deux dindons étaient aussi odieux que des dindons peuvent l’être, le petit con étant rarement souple et attentionné. Les relations sexuelles étaient également catastrophiques. Quel était donc le secret de ces petits êtres malfaisants et drôles ?

Leur laideur. Leur laideur les transcendait. Et de même que Sartre n’aurait pas été Sartre s’il n’avait été crapaud, mes Dupondt n’auraient su séduire s’ils n’avaient été laids. Les bellâtres n’ont pas à compenser par la verve, l’humour et la cruauté ce que leur plastique tout naturellement leur offre. Les petits cons, je les préférais laids.

J’ai compris que j’avais grandi quand la bouffonnerie cessât de m’intéresser sans que la beauté ne m’intéressât davantage. Moi, Serge Gainsbourg, je le trouvais beau. Déjà il ressemblait à mon père, c’est-à-dire qu’il me ressemblait, avec ses yeux globuleux et ses sillons nasogéniens marqués. Son esprit s’imprimait sur son visage et même imbibé d’alcool, son corps nonchalant continuait à se porter élégamment.

L’allure et le geste, un regard, les silences, une certaine distance, d’autres comportements devenaient condensateurs de désir bien plus qu’une logorrhée de bons mots. J’aimais de grandes triques osseuses, des roux aux grandes dents, des corps filiformes et blancs, les êtres fêlés, les mutiques, les maladroits, les adolescents attardés, les comiques malgré eux, et d’une manière générale, avec le temps, je les préfère silencieux.

Aujourd’hui, la rousseur reprend l’avantage. Cheveux bouclés, taches de rousseur et grandes dents. L’Ecosse, ça vous tente ?

© Peter Mason

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