Quand Valentin débarque

J’ai rêvé de toi. Je me promenais sur une placette ensoleillée peinturlurée de blanc, je ne voyais pas le ciel, seulement les murs de chaux refléter la lumière. Sur cette place minuscule et piétonnière, deux cafés sans terrasse ; les clients se protégeaient de la chaleur à l’intérieur.

Tu te trouvais dans l’un d’entre eux, un café sombre et dont les pans de façade s’ouvraient sur l’extérieur. Un comptoir de zinc sur le côté gauche, une banquette rouge élimée en fond de salle. Pas de tables, quelques photos d’écrivains sur les murs, le tout vieillissant et poussiéreux. Nous sommes passées devant avec I. Machinalement j’ai tourné la tête vers l’intérieur et je t’ai vu. Nos regards se sont crochetés. De l’extérieur, je t’ai salué, je ne suis pas entrée, tu ne m’y as pas invitée non plus. Mes hommages débordaient d’enthousiasme. Quel plaisir de vous revoir aujourd’hui ! Comme c’est drôle ! Tu t’es troublé. Ma chaleur devait te mettre mal à l’aise alors je t’ai laissé.

I. s’est installée dans l’autre café. La proue avait été fermée par des plaques de bois ce qui réduisait considérablement l’espace disponible. Toutes les tables étaient occupées. Nous nous sommes installées sur des tabourets à l’entrée. À l’intérieur, des ouvriers du bâtiment. I. connaissait la plupart d’entre eux et a commencé à converser mais je n’étais pas très concentrée. Je me suis penchée en arrière et j’ai jeté un coup d’œil de l’autre côté de la place. Tu avais fait de même et je vous ai surpris, tes amis et toi, épier notre refuge. Lorsque j’ai penché ma tête vers toi, vous avez explosé de joie. Tu as commencé à danser sur place, comme un enfant content. Mon cœur battait la chamade. J’ai rentré la tête dans le café. Nous pataugions en plein enfantillage. J’ai regardé I., paniquée. Je sais quoi fait, m’a-t-elle dit. Et je me suis réveillée.

J’ai interpellé mon inconscient : si tu as quelque chose à me dire, autant me le dire tout de suite. L’écran de mon téléphone indiquait le 14 février. C’était la Saint-Valentin. Mon inconscient avait parlé.

© Nicolas Picard

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