Temps mort

Lundi 12 novembre, « Les Volponi, genèse tunisienne » sortait en librairie. Après des mois de préparation, le fruit de mon travail voyait enfin le jour et dès le lendemain, une soirée de lancement était organisée à la librairie Libres Champs Léa. J’attendais ce jour depuis des semaines. J’étais épuisée, nerveusement et physiquement, le sommeil m’ayant définitivement quittée depuis des mois. « Je suis impatiente que cela finisse. » — « Cela ne fait que commencer. »

Ils avaient raison. Entre la sortie du livre, sa distribution, le volume deux en écriture, le catalogue 2019, la promotion, les articles, la stratégie média, les commandes, l’insuffisance de commandes, les ventes, l’insuffisance des ventes, les retours, le manque de retours, je me concentrais sur les ratés, les erreurs, les manquements et les fautes. Malgré une soirée de lancement réussie, des articles positifs, malgré les interviews à venir et le futur devant moi. Une semaine à peine était passée et déjà, impatiente, chaque heure me rapprochant du désastre, je ne pouvais en profiter. Entre un métier alimentaire mais prenant, la maison d’édition et l’écriture, la vie sociale et les soirées, les obligations et la santé, je ne voulais rien lâcher et l’essentiel venait à manquer : le plaisir. Je touchais du doigt la vie dont j’avais toujours rêvé, mais telle un mirage, elle reculait quand j’avançais. Il fallait faire une pause et c’était chose impossible.

Aujourd’hui c’est chose faite. Ce fut une pause courte. J’ai repensé à cette année, aux deux accidents, à leurs significations que je n’ai réellement jamais trouvées, j’ai repensé au temps libéré, à la déprime, au rebonds, la nécessité de trouver un sens, alors le livre, alors la maison d’édition, et je me suis dit : « Ma fille, si tu veux survivre à la deuxième semaine, tu ferais bien de la faire, cette pause. » Je n’avais pas écrit de causeries depuis quinze jours mais le sujet de celle-ci s’est imposé ; et pour l’écrire, il a bien fallu se poser.

Continuer d’avancer n’empêche pas de jouir des étapes franchies. Il y a six mois, tout cela était encore du domaine du rêve, un rêve que certains disaient impossible, dangereux, ruineux et inutile. Aujourd’hui, la maison d’édition existe, avec ses premiers manuscrits à lire — parmi lesquels j’espère bien trouver la perle de l’an prochain ; le réseau de distribution se met doucement en place, le livre est beau, et les premiers articles prometteurs. Ce qui reste à accomplir est colossal, mais pas autant que ce qui a été réalisé. J’ai réussi à surmonter ma peur et à avancer malgré les critiques, les jalousies et les sceptiques. Bien qu’encore modeste et embryonnaire, la petite maison cherche à grandir et les Volponi à vivre. Alors oui, beaucoup reste à faire, mais j’ai glissé le pied dans la porte, et je ne suis pas prête à le retirer, pas avant d’être passée de l’autre côté.

Pour visiter le site d’Une heure en été, c’est ici !

Soirée de lancement à la librairie Libres Champs Léa, mardi 13 novembre 2018 – © Véronique Bisotto

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