Une vacancière à Paris

Le dimanche est mon jour et neuf heures mon heure. Il faudrait être tous les jours dimanche pour écrire, et tout à coup je me souviens. Il y a vingt ans, j’étais au chômage — quelle terrible expression que celle-là, bien plus désespérante qu’être à la recherche d’un emploi — bref, j’étais dans une mauvaise passe, une après-midi au Golf de l’Etoile, je ne me souviens pas comment j’avais trouvé l’argent nécessaire, peut-être bien que Sacha me l’avait offert ce Coca, c’était très probablement un Coca, à l’époque je ne buvais que cela. Donc, je buvais un Coca au Golf de l’Etoile. Il faisait beau, c’était l’été dans les quartiers chics, un temps de rêve ; autour de moi le zinc parisien, la place de l’Etoile que l’on devinait sans la voir — cet endroit privilégié sur les toits de Paris, qu’est-il devenu ? Comme aujourd’hui, j’écrivais sur un cahier mes réflexions inutiles. L’argent manquait cruellement, mais pas ici. Ici l’argent dégoulinait de partout, quelques rares personnes savouraient leur soda en polo, la montre comme il faut au poignet, les femmes étaient belles et élégantes et je me sentais chez moi, fauchée mais chez moi. Je me souviens, je me suis toujours souvenue de ce moment-là, j’ai écrit qu’il ne fallait pas grand chose pour transformer ma vie de Parisienne en vie de vacancière à Paris, il me manquait seulement le travail, et ce jour-là, je me suis promise d’avoir une vie de vacancière à Paris dès que les circonstances me le permettraient. Cela n’a pas toujours été le cas ; bien souvent ma vie a davantage ressemblé à celle d’un bagnard ou d’un ascète, mais je n’oubliais pas fréquemment de me souvenir.

Une vacancière à Paris.

Une vacancière à Paris.

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