Illustration de la causerie L'Ukraine à bicyclette

L’Ukraine à bicyclette – Résurrection

J’ai rêvé de la guerre qui s’abattait sur nous, un souffle de suie noire dans un ciel bas. J’ai rêvé de la guerre qui décolorait la vie et la grignotait, les bâtiments qui rapetissaient. Nous nous étions réfugiés dans la cage d’escalier d’un immeuble à la lumière artificielle, sombre et poussiéreux. C’était probablement le mien : j’y habitais. La guerre permettait à la copropriété des vieillards en costume gris, cravatés jusqu’à faire exploser la corolle de bourrelets, d’évincer la seule personne saine d’esprit, un homme dans la force de l’âge que je ne connaissais pas. La guerre les avait rendus hargneux et moi combattive. Son départ programmé faisait vibrer en moi les cordes de la résistance et de la colère. « Raus ! Raus ! », criaient-ils. « Hors de question, s’il part, je pars avec lui. – Non, toi, tu restes ici ! »

Moi, j’avais acheté un casque à vélo, non pour me protéger des chutes d’en bas mais de celles qui pleuvraient prochainement du ciel sur nos têtes ; le casque m’apparaissait comme la meilleure des parades aux jours sombres qui s’annonçaient.

Finalement, j’ai attrapé mon casque et l’homme que je protégeais et nous avons quitté cette cage de mort pour la lumière. Il a enfourché sa bicyclette et moi la mienne et nous sommes partis sur les chemins, on a pédalé jusqu’au carrefour du monde des hommes, là où la Terre reprend ses droits. Nous avons laissé là nos colères et nous avons pédalé, tout droit.


Légende photo : L’Ukraine à bicyclette, Photomontage – © Aurelia Gantier

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